ANNÉE 2021

Mercredi 15 septembre 2021

Que l'histoire tristement se répète ! Nous venons de perdre Gilles, notre ami contrebassiniste du groupe O+ ; en décembre 2018, c'était Jean-Pierre, notre ami ACI  cofondateur de cette formation, à mes côtés.

Voici quelques années déjà, je perdais un autre ami. J'avais alors écrit pour lui cette chanson :

 

Le maillet

(À Éric, mon ami disparu)

 

Mon ami disparu,

 

Je pense à toi ce soir

En voyant cet objet

Sur un coin de mon bar :

Et ce n'est qu'un maillet…

 

Je le tiens dans mes mains.

Il n'a jamais servi

Depuis qu'un beau matin

Cet outil tu m'offris.

 

Tu avais rigolé

Me voyant dans mon mur

Aussi mal emmanché,

Tapant dans la pierre dure…

 

En simple menuisier,

Tu fabriquas pour moi,

En orme ou merisier,

Ce bel outil de bois.

 

Je n'ai jamais voulu

Abîmer ce marteau,

Car tu m'avais ému

Par ce simple cadeau.

 

Nous connaissant à peine,

Tu vins avec ton cœur

Quand grande était ma peine

Et que coulaient mes pleurs.

 

À peine reconnu,

Camarade, mon copain,

Tu avais disparu

Aux croisées des chemins.

 

Tu laissais sur la route

Deux petits orphelins

En pendant sous la poutre

En ce soir incertain.

 

Pourquoi t'es-tu hâté,

Ne laissant pas le temps

Pour notre amitié,

Et pour les bons moments ? …

 

Je pense à toi souvent,

Mon frère, mon ami.

Mon cœur saigne en songeant

À toi trop tôt parti.

 

Il me reste ce bois

Par tes mains façonné

Tout en pensant à moi,

Et que tu m'as donné.

 

Il est un triste vide

Qui m'arrache le cœur.

Depuis, j'ai pris des rides,

Mais toujours je te pleure,

 

Mon ami disparu…

 

Francis BELLIARD

19/05/10

Jeudi 9 septembre 2021

Arrière-saison

 

J'ai mis à sécher les girolles

et les bogues des châtaigniers

j'ai fait un grand feu d'herbes folles

et j'ai chassé mes araignées

 

la colombe aux nuages s'envole

par les trous du vieux pigeonnier

mon chat rêve de campagnols

je clos la porte du grenier

 

l'automne a posé sa langueur

sur les forêts et les étangs

aux champs d'éteules sa tiédeur

jusqu'aux lointains sa paix s'étend

 

oh ! douceur de l'arrière-saison

par les chemins et par les champs

j'entends d'amères oraisons

et les pleurs de cent gens marchant

 

voici les grolles[1] croassant

toutes noires sur le tapis blanc

et voici la lune en croissant

tombant des branches dans l'étang

 

et voilà  qu'on plume le ciel

la dame blanche soudain s'élance

aux haies nues durcies par le gel

qu'est cette plainte dans le silence ?

 

nulle lumière à mes carreaux

aucun feu à mon âtre vide

que le froid derrière mes rideaux

et mon corps roide et si livide

 

adieu beaux automnes si doux

les lents troupeaux rentrant le soir

et la poésie de Cadou

et les grappes dans le pressoir

 

adieu à tout ce que j'aimais

enfants qui fûtes mon vin doux

à celles et ceux que j'aimai

voici que je repose en vous

 

Francis BELLIARD

 

[1] Grolle : corbeau

 

Jeudi 2 septembre 2021

Nuit d’été

 

Oh ! la douceur de cette nuit !…

Marcher dans l’obscure touffeur

des haies et des cultures…

les bouffées de fraîcheur,

les haleines tièdes exhalées de la terre…

Solitaire,

un chien aboie très loin dans la profondeur du soir…

les odeurs montent mêlées de menthe et de jasmin,

du ventre du sol, lentes

et un peu écœurantes…

 

Francis BELLIARD

Samedi 28 août 2021

Désappointement

 

Il

s'est approché d'elle

il l'a trouvée belle

elle lui a souri

sous ses beaux cils

lui a tendu la main

dans le petit matin

il a gravi l'escalier derrière elle

si belle

dans la soupente

il a payé le prix convenu

se sont mis nus

dans la pénombre rouge

du néon de l'hôtel

qui bouge

sa peau a goût du sel

du ressac océan

en caresses

ses doigts ont parcouru sa peau de sable fin

et ses seins

et ses fesses

et remontant entre ses cuisses offertes

ouvertes

douceur

il est saisi

d'horreur :

il a saisi

un sexe

mâle en érection!

elle est il

cruelle déception!

quel-est-il?

quelle est-elle,

si belle?…

dans la nuit

malheureux amant, tu t'enfuis...

 

Francis BELLIARD

 

 

Vendredi 27 août 2021

Je viens d'exhumer cette vieille chose de mes tiroirs. Amusant, non ?...

 

Le dit  della dolor

 

Dolor, ô dolor !

Onc ne me lâcheras

donc !

Attachée à mes pas

Te voici qui m’oppresses, et me pousses et m’essores,

Ô grand’vilaine dolor

 

Souffrance, ô ma souffrance !

Pourquoi si terrible attachement ?

Conscience, ô ma conscience !

Ne desserreras-tu point un jour

Ta si pressante amour ?

 

Mal, ô mon mal,

Toi qui tant fort m’étreins,

Je savais bien qu’enfin,

De guerre lasse, je te mettrai à mal.

 

Las ! En sa main Dieu qui me tient

Bellement fortement, n’a point

daigné

tant belle faveur m’accorder

 

Las ! m’a remis sur mes deux membres,

Et insufflé le vent de vie dans mes narines

Que je m’en ressens tout en épines

Dans pauvre corps qui m’en cambre

 

Et que j’ai bien mal encor et en cœur !

Eh quoi, lâche animal ! Vil pécheur !

Tu voulais donc quitter le bord

Avant le port ?

Que nenni !

Je t’interdis !

 

Vilain mari,

Sombre infidèle,

À toi je suis,

Reste ta belle.

 

Ô combien il est vrai que tu m’es fidèle, vilaine ma mie,

Et que me traques

Et me matraques !

Que m’importe désormais ?

 

Car voici, je te le dis,

Méchante compagne de mes nuits :

Tu es perdue, dès ce jour d’hui

Puisque désormais partager devras

La couche de ton vieux mari

Avec le suaire de la Joie et les draps

Avec la belle Lumière du Mai nouveau

Qui s’est allumé en mon âtre très beau.

 

Vilaine bête, pousse-toi donc un peu

Et fais place en mon cœur à la douceur du nouveau feu.

 

Francis BELLIARD

Jeudi 26 août 2021

Je vous propose ce jour un poème de Luc Bérimont, illustré de cette toile de Van Gogh (Les peupliers à St-Rémy)...

 

Rémouleur


Septembre avait l’ardeur d’un chien roux dans les vignes
Une flamme tremblait au bord de la maison
Maintenant, c’est le vent qui dévale les combes
Les arbres calcinés qui rongent les gazons.

 

La pluie pieds nus, la pluie rôdeuse d’avant l’aube
Marche sur les hangars et les troupeaux transis
La fenêtre capture un vol d’oiseaux sauvages
Qui rament des forêts de bronze dans l’air gris.

 

Il ne restera rien que le pain, que la neige
Que le layon gelé dans le bas du coteau
Le ciel des quatre vents vire comme un manège
Et l’hiver, sur les grès, aiguise ses couteaux.


Luc Bérimont
(Œuvres complètes T1, Le cherche-midi éditeur – PU d’Angers)

Lundi 23 août 2021

Vous penserez, c'est évident, que ce texte n'est guère joyeux, selon mon habitude...Je le sais. Mais il peut faire réfléchir, je crois. Je ne sais de quand il date : de mon présent passage ici-bas, c'est certain, en un temps totalement indéterminé, où le moral n'était pas au beau fixe, une fois de plus...Mais c'est ainsi. Il est parfois des circonstances, dans cette vie, qui ne prêtent guère à rire, mais qui sont des épreuves proposées à notre construction...à condition d'en tirer la quintessence...

 

Soir de naufrage

 

ce soir est un soir de naufrage où l'âme est en dérive

allez savoir pourquoi

me retrouver seul sous un toit

étranger

et vide comme une éponge desséchée

descendre en vrille au fond de tout au fond de soi

au fond de quoi

en fait ?…comme un cadavre de noyé rejeté sur la rive

et sans aucune tristesse ou alors celle de la vanité des choses

remonter moteurs à fond derrière mon hélice qui m'aspire vers le ciel en spirale

déception dégoût mauvais goût dans la gorge quelque lie morose

au bout de tout ce vertige abyssal

qui es-tu à la fin de ces chemins de traverse

trempé de la désespérance des avrils en averses

et pourquoi encore es-tu là dans la vieille fripure de tes vêtements de peau de buffle

à t'entêter à vouloir renouveler les vieilles connexions désuètes

à crier à tue-tête dans ton silence sépulcral

dis que fais-tu ici dans ta vanité insignifiante de tartuffe

à faire naître éternellement d'incertaines chimères

bien sûr comme toujours tu t'accroches au fil ténu des musiques ancestrales

mais tu n'es rien qu'un fantôme sous le myrte une ombre errante

être n'est pas une certitude amère

mais un mirage reflet d'un autre monde

sans plus de réalité que les remous douteux de ta subjectivité délirante

non je ne suis pas car qu'est-on sans le miroir de l'autre qu'une onde

qui ne sait seulement plus où elle en est de sa propre existence

être seul c'est ne pas être puisque nul n'atteste ta présence

quoi de vrai peut déchirer le silence qui t'entoure

épais comme une bouillie de brouillard

de coton et de bourre

où es-tu qui es-tu en quel temps en quel lieu en quel corps

et si tu n'étais qu'un songe un fantasque cauchemar

une suite d'accords

en dissonance

serait-il une frontière entre ce monde et l'autre aussi ténue

qu'une toile de quelque invisible aragne

si donc nul n'est là pour en juger peux-tu prétendre à la raison ou la démence

que sais-tu lors de l'ingénue

de la clémence

du pardon

"At Dido regina…" - "Alors la reine Didon…"

femme qui voyant ton amant s'éloigner de toi pour toujours

te jetas dans le bûcher pour réduire en cendres ton amour

en cendres

pauvre cassandre

quel sens peux-tu donner à tout ce chaos ce fatras

quelle lassitude au bout du compte

que voulait-on que je comprenne

de ce fracas

de l'humaine

épopée de ses contes

et si je n'y comprends rien c'est peut-être qu'il n'y a rien à comprendre

rien à comprendre rien à comprendre rien à comprendre…

 

…n'y aurait-il rien à comprendre ? …

 

Frrancis BELLIARD

Jeudi 19 août 2021

Pour changer d'atmosphère, je vous propose un poème d'Yves BONNEFOY, qui évoque en moi de nombreuses images et émotions délicates...

 

Il pleut sur le ravin

I

 

Il pleut, sur le ravin, sur le monde. Les huppes

Se sont posées sur notre grange, cimes

De colonnes errantes de fumée.

Aube, consens à nous aujourd’hui encore.

 

De la première guêpe

J’ai entendu l’éveil, déjà, dans la tiédeur

De la brume qui ferme le chemin

Où quelques flaques brillent. Dans sa paix

Elle cherche, invisible. Je pourrais croire

Que je suis là, que je l’écoute. Mais son bruit

Ne s’accroît qu’en image. Mais sous mes pas

Le chemin n’est plus le chemin, rien que mon rêve

De la guêpe, des huppes, de la brume.

 

J’aimais sortir à l’aube. Le temps dormait

Dans les braises, le front dans la cendre.

Dans la chambre d’en haut respiraient en paix

Nos corps que découvrait la décrue des ombres.

 

II

 

Pluie des matins d’été, inoubliable

Clapotement comme d’un premier froid

Sur la vitre du rêve ; et le dormeur

Se déprenait de soi et demandait

À mains nues dans ce bruit de la pluie sur le monde

L’autre corps, qui dormait encore, et sa chaleur.

 

(Bruit de l’eau sur le toit de tuiles, par rafales,

avancée de la chambre par à-coups

dans la houle, qui s’enfle, de la lumière.

L’orage

A envahi le ciel, l’éclair

S’est fait d’un grand cri bref,

Et les richesses de la foudre se répandent.)

 

III

 

Je me lève, je vois

Que notre barque a tourné, cette nuit.

Le feu est presque éteint.

Le froid pousse le ciel d’un coup de rame.

 

Et la surface de l’eau n’est que lumière,

Mais au-dessous ? Troncs d’arbres sans couleur,

rameaux

Enchevêtrés comme le rêve, pierres

Dont le courant rapide a clos les yeux

Et qui sourient dans l’étreinte du sable.

 

Yves BONNEFOY

[Les planches courbes ; NRF Poésie/Gallimard]

Dimanche 8 août 2021

Ci-après, les paroles d'une de mes chansons :

 

La douce-amère

 

On l’appelait la douce-amère

Dans les rangs toujours la dernière

Les autres disaient qu’elle était fière

C’était la fille de l’épicière

 

Y’en a qui lui lançaient des pierres

Ils la trouvaient particulière

C’est vrai qu’elle ne souriait guère

Et qu’ses vêt’ments n’dataient pas d’hier

 

Y’avait des larmes sous ses paupières

Et des trous à ses pull-overs

Même l’hiver

 

Il l’a croisée en bord de mer

Adolescente solitaire

Elle n’était plus cette écolière

Au creux de ce chemin de terre

 

 

Il l’appelait ma douce-amère

Elle avait connu la misère

Lui trouvait pas qu’elle était fière

Il la trouvait particulière

 

Dans ses yeux y’avait d’la lumière

Le vent jouait dans ses mèches légères

Il aima sa démarche altière

Et la fleur à sa boutonnière

 

Des larmes coulaient sous ses paupières

Elle tremblait sous son pull-over

C’était l’hiver

 

 

Il l’a aimée au bord de mer

Au creux de ce chemin de terre

Ne sois plus jamais solitaire

Sois plus jamais qu’ma douce-amère

 

Francis BELLIARD

La Bourrache, 13 janvier 2018

Jeudi 5 août 2021

Très ancien poème exhumé des archives, du temps que j'étais jeune...

 

Tiens, je t’offre ma mélancolie

 

Cet accord mineur neuvième

je te l’offre à ce moment

où j’ai un très gros paquet sur le cœur

ou dans la tête, peut-être,

en pensant à toi,

ma folie suprême…

…je t’offre les chalands de Seine

les quais de Seine

les rues du Paris d’automne

où nous promenons en flânant

les boutiquiers

les enseignes, les pavés,

les bistrots, la pluie

du soir…

toi blottie contre mon bras

heureuse

insouciante

regagnons notre nid sous les toits

découvrons notre amour

tout nu, sans habits,

à dormir, à corps perdu,

à rendre l’âme…

sortir sous son pull

à Montmartre la nuit

l’escalier

la taverne où festoyons

aux bougies, à l’alcool

de nos yeux

loin des réalités des choses

seuls nous deux

à nous aimer

le rêve

je t’emmène

prends mon bras

prends ma taille

repose à mon épaule

et partons à jamais

à dérive

tous deux

tant belle folie !

Tiens ! tu sais, ce jour d’hui

j’ai joué au piano

quelques accords mineurs

sans fin, et tristes, et beaux :

je te les offre, avec mon mal de toi !

Vendredi 30 juillet 2021

Je n'ai pas conservé la date de ce poème, mais il date d'il y a fort longtemps, entre quarante et cinquante ans, dirais-je...

 

Il n’y a plus de feu ce soir mon amour

 

Il n’y a plus de feu ce soir mon amour

que quelques braises que j’attise en vain

car il n’y a plus de bois mon amour

plus de bois à brûler.

La chaise basse est seule

face au foyer noirci, face à ces quelques braises

qui meurent ;

très doucement aussi meurt Ysolde

aux archers de Wagner à la télé

ce soir très tard.

Il n’y a plus de feu ce soir mon amour

que ce grand vide en moi cette grande tristesse

les enfants que l’on aime, et ce très grand dégoût

des choses – il faut vivre

sans écrire, sans créer,

sans penser, conformément à sa propre volonté - ;

mon père disait : « L’amère joie du sacrifice »…

Cette grande lassitude au fond de moi…

Vois-tu on ne sait jamais tout le mal qu’on fait

mais si on ne faisait rien, que serait-on ?…

Comme je me sens détaché des choses et

cependant tant de bouffées de chaleur sommeillent en moi

comme ces braises sous la cendre.

Il n’y a plus de feu ce soir mon amour

parce qu’il n’y a plus de bois ;

le soufflet traîne sur le carrelage froid

j’ai abandonné la chaise basse.

Rougeoie-t-il cette nuit vraiment sous la cendre

quelques braises à cet âtre sans feu ?…

 

Francis BELLIARD

 

Dimanche 25 juillet 2021

Voici un poème que j'ai composé il y a fort longtemps, inspiré par le célèbre artiste Folon :

Lundi 12 juillet 2021

Encore les paroles d'une de mes chansons, née également du confinement premier...

Dimanche 4 juillet 2021

(Chanson)

 

Dans l’ombre la lampe brûle    

 

Dans l’ombre la lampe brûle

C’est ici ta maison

Chaque objet te le rappelle

Et le chien t’appelle

 

Les ombres du crépuscule

Assombrissent nos fronts

Sous la lampe tournent les phalènes

Et les heures s’égrènent

 

Les aiguilles de la pendule

Tournent et tournent en rond

Voici l’heure de tes départs

Et l’on se sépare

 

Cet amour qui nous brûle

Jusqu’à la déraison

Et toujours cette alternance

D’étreintes, de silences

 

Dans l’ombre la lampe brûle

C’est ici ta maison

Chaque objet te le rappelle

Et moi je t’appelle (bis)

 

 

Francis BELLIARD

La Bourrache, le 03/07/2014

Samedi 3 juillet 2021

Anne et Martial

(Chanson)

 

La pluie a chassé les passants

passants pressés en parapluie,

les enfants jouent aux caniveaux,

on referme ses contrevents,

l'asphalte luit

sous les autos

 

La pluie a noirci les façades

sans façon effacé les affiches

les cheminées de brique fument

une suie liquide embrigade

les maisons riches

qui s'enrhument

 

La pluie a mouillé les salades

les choux, les feuilles du lilas

au jardin soudain tout changé

cet automne a un goût très fade

le ciel est bas

comme étranger

 

La pluie a glissé aux vitrines

les mille gouttes de lumière

déchirent le visage des gens

qui sous le porche s'agglutinent

contre la pierre

sont deux amants

 

La pluie clapote sur les toits

et dégringole dans la dalle

le vent fait claquer le volet

dans la soupente, sous les toits,

Anne et Martial

se sont aimés

 

Francis B ELLIARD

Marans, le 22/11/78

(Chanson - ci-dessous)

Lundi 21 juin 2021

 

Voici les paroles d'une chanson née du confinement, puisqu'il m'était impossible de chanter pour les gens, alors je chantais pour mes oiseaux...

 

Je chante pour les oiseaux

 

Je chante pour les oiseaux

Qui vivent sous mon préau

Mes tourterelles mes moineaux

Mes pinsons mes passereaux

Et aussi pour trois petits lérots

Été comme hiver frappent à mon carreau

Je chant’pour le peuple des oiseaux

 

J’ai la visite des mésanges

Qui jamais ne me dérangent

Le roug’gorge et le pinson

Écout’sag’ment mes chansons

Par la porte ouverte de ma maison

Sont ma compagnie en toutes saisons

Je chant’pour le peupl’ de ma maison

 

Je n’chante plus pour les gens

Qui n’sont pourtant pas méchants

Qui vivent dans un autre monde

Mon âme est libre et vagabonde

Navigue toujours au fil de l’onde

Ne m’écoutez pas mon âme divague

Comme ballotée au fil des vagues

 

Je chante pour les oiseaux

Pour les petits et les gros

Qui volent au-dessus des eaux

Ceux qui volent dans les roseaux

Et qui planent dans l’azur très haut

Vous qui mes amis volez dans les nuages

Portez mes chansons dans vos voyages

 

Je n’chant’plus qu’pour les oiseaux

Qui accompagn’ront mon tomb’reau

Vers le cimetièr’du village

Sans se soucier de l’orage

Qui assombrira le paysage

Chantez et chantez mes petits moineaux

Enchantez mon âme pour son repos

 

Francis BELLIARD
La Bourrache le 27/06/20

Mardi 15 juin 2021

C'est un soir d'été

 

C'est un soir d'été, un soir de pénombre :

c'est la volupté des senteurs dans l'ombre,

c'est un chèvrefeuille qui embaume,

c'est ta voix, caresse, comme un baume…

La fraîcheur qui monte du jet d'eau :

Oh ! La chaleur revêt son manteau…

Ta main timide qui m'effleure,

ton souffle enfiévré, ta langueur…

un frisson soudain me parcourt,

des voix murmurent dans la cour,

la maison ouvre ses persiennes sous le lierre,

des airs au piano nous parviennent, un éclair

a furtivement nimbé les buis…

Par bouffées l’air du soir sent la pluie.

 

 

Allons! Il est l'heure. Gagnons la chambre.

Nos draps ont le doux parfum de l'ambre,

et, par la fenêtre, quelques bruits

montent, comme jaillis de la nuit :

un homme au loin fredonne sa peine…

des rires étouffés…un phalène

s'est pris les ailes aux rideaux…

le cri nocturne d'un oiseau…

S'emmitouflant dans son halo,

la lune en blanc, telle un falot…

Le vent d'orage qui nous vient, le tilleul

exhale à plein tous ses parfums et les feuilles

s'agitent à grand bruit dans le jardin…

Tu dors et ton corps sent le jasmin…

 

C’est un soir de paix dans la pénombre

C’est la volupté des amants dans l’ombre

La sérénité gagne la chambre

Les draps ont le frais parfum de l’ambre

 

Gourvillette le 01/03/03

Cette chanson-là

 

pour écrire cette chanson-là

il en aura fallu tant d’autres auparavant !

il aura fallu tant de joies et de peines auparavant !

il aura fallu tant d’amours déçues

et tant de jours sans gloire !

il aura fallu toute mon histoire

pour aboutir ce jour à cette chanson-là

la plus belle peut-être, la plus touchante

pourtant tout n’est que futilité je crois…

cependant cette chanson-là n’est pas futile :

elle te dira combien je t’aime

et je te l’offre à bout de bras à bout de cœur

à bout de larmes

à bout de chemin aussi

et tu es le bout de mon chemin …

 

Francis BELLIARD

Vendredi 21 mai 2021

Caresse

 

Caresse

ô mon amante

comme un nard

rare

de l’amphore versé

comme huile de benjoin

sur un corps renversée

comme brise d’un été ancien

aux rumeurs de la mer

au parfum iodé de dune

et d’huître

caresse

ô mon amante

comme la paix d’une prière

comme coule le sable entre les doigts

tes doigts la douceur infinie d’alizés

qui me portent et m’emportent

vers ces îles lointaines

où se penchent des palmes

qu’une brise balance

caresse

ô mon amante

caresse-moi encore

ta main est plus légère

que duvet de palombe

que le mufle des bêtes

qui mangent dans mes mains

que le souffle de l’âne

sur mon âme blessée

apaise ma douleur

ô mon amante

Sais-tu bien le pouvoir

de ta seule présence ?

…que du noir catafalque

où gis comme un noyé

tu fais le blanc vaisseau

au roulis de berceau ?...

caresse

ô mon amante

comme une aile une voile

en un nid

où l’orange et le bleu

et le vert et le roux

m’enivrent et me ravissent

cet ailleurs merveilleux

où je marche avec toi

sous cent sycomores centenaires

six cèdres du Liban

majestueux et sombres

sur des mousses très douces

où des sources murmurent

en ce pays d’amour

et je m’y sens serein

apaisé hors du temps…

inespéré miracle !

…et c’est toi,

ô mon amante merveilleuse !...

 

Francis BELLIARD

30 mai 2015

Dimanche 16 mai 2021

Le chat sommeille au coin de l’âtre

 

L’aïeule a des rêves bleuâtres

En ses souvenirs en fouillis

Du berceau fuse un gazouillis

Le chat sommeille au coin de l’âtre

 

Aux chemins blanchis d’aubépines

Aux frais tapis des fleurs des champs

De joyeuses bandes d’enfants

En folles rondes enfantines

 

Puis vient l’amour, le mariage,

Et toute une vie en partage,

Et puis les enfants qui grandissent…

 

Aux jours vieux s’écaillent les plâtres

Les veines aux poignets bleuissent

Et l’on somnole au coin de l’âtre…

 

Francis BELLIARD

17/12/2015

 

À paraître bientôt…

Mardi 11 mai 2021

Je suis sur le point de commander à un imprimeur la fabrication d’un recueil de toutes mes chansons (150), textes et musique (leurs paroles et leurs partitions écrites – solfège, donc).

Il ne s’agit pas d’enregistrements vocaux de mes chansons mais bien uniquement de leurs paroles accompagnées de leurs musiques écrites.

Originellement prévue pour ma descendance, j’ai décidé de faire profiter de cette publication le plus large public, à prix coûtant.

Si vous souhaitez acquérir cet ouvrage, je vous propose de le commander dès maintenant, afin que je sache quelle quantité je dois prévoir.

 

L’ouvrage sera édité sous 3 formes :

- 21 x 29.7 relié anneaux métalliques, paroles et musique en vis-à-vis ;

- idem mais broché ;

- uniquement les paroles.

 

Les ouvrages destinés aux musiciens seront reliés avec des anneaux métalliques, afin de permettre une manipulation plus aisée du recueil sur un lutrin.

Si vous êtes intéressé-e-s, merci de passer commande avant le 30 mai 2021, via mon adresse mail ci-dessous :

labourrache@orange.fr

 

Lundi 11 mai 2021

Cette interrogation n'est pas morbide, elle est naturelle. Il me revient en même temps le souvenir de cette fable de La Fontaine, apprise à l'école primaire jadis, et qui m'avait marqué : La mort et le bûcheron. Je vous la livre ci-après.

 

Au dernier instant

 

On n’est jamais prêt pour mourir.

On est étonné et l’on se dit : 

« Déjà ? Attends ! C’est trop tôt !

J’avais encore tant à faire… »

Hélas ! On n’y peut rien.

L’heure arrive. La dernière.

J’aimerais partir le sourire

aux lèvres,

au cœur l’amour

et le pardon.

Mais ça, c’est ce que je souhaite…

Que se passera-t-il vraiment,

Au dernier instant ?...

 

Francis BELLIARD

29 /07/2014

La mort et le bûcheron

 

Un pauvre Bûcheron tout couvert de ramée,
Sous le faix du fagot aussi bien que des ans
Gémissant et courbé marchait à pas pesants,
Et tâchait de gagner sa chaumine enfumée.
Enfin, n'en pouvant plus d'effort et de douleur,
Il met bas son fagot, il songe à son malheur.
Quel plaisir a-t-il eu depuis qu'il est au monde ?
En est-il un plus pauvre en la machine ronde ?
Point de pain quelquefois, et jamais de repos.
Sa femme, ses enfants, les soldats, les impôts,
Le créancier, et la corvée
Lui font d'un malheureux la peinture achevée.
Il appelle la mort, elle vient sans tarder,
Lui demande ce qu'il faut faire
C'est, dit-il, afin de m'aider
À recharger ce bois ; tu ne tarderas guère.
Le trépas vient tout guérir ;
Mais ne bougeons d'où nous sommes.
Plutôt souffrir que mourir,
C'est la devise des hommes.

 

Jean de la Fontaine

Samedi 8 mai 2021

Je me croyais poète

 

Je me croyais poète...

mais je ne le suis pas.

J'ai compris un beau soir

en parcourant vos œuvres

amis poètes véritables

mes contemporains

que je n'étais qu'un traîne-savates

un saltimbanque un maraudeur

usurpateur profanateur...

alors,

laissez-moi errer encore

par mes chemins de contrebande

de faux-saunier de loup-garou

par mes routins des bois

qui sentent les garrets[1]

l'humus et le moisi

des époques anciennes...

Je ne le savais pas

que désormais la

poésie ne doit

être qu'intellectuelle

absconse abstruse arcanes

secrète et verrouillée

et qu'il faut n'y jamais

épancher ses tourments

et ses peines et ses joies

ses interrogations...

Moi

je m'offre à vos balles

comme un oiseau blessé en plein ciel

et qui tournoie et qui palpite

perdant ses plumes

et son sang...

comme un galet roulé meurtri

sous les doigts multiples des rouleaux

des colères océanes et des pluies d'orage

Je m'offre blessé ce soir avec mes désespoirs

avec mes plaies vives

mon cœur qui palpite

avec mes joies

avec mon amour

comme vous

je suis

comme vous

un homme

avec mon immense faiblesse,

si vulnérable,

simplement,

un homme...

 

La Bourrache, 5 décembre 2011

 

[1] Labours

Vendredi 30 avril 2021

Maman me parle de notaires

 

Maman me parle de notaires

d’héritages

de partages

d’usufruit

 

elle me parle de mon père

de cousins

lointains

de maladies

 

elle me parle de mes frères

de ses brus

des bévues

de la vie

 

elle me parle de sa mère

d’un vieux temps

différent

d’aujourd’hui

 

et moi je ne sais que me taire

une pensée insensée

me poursuit

 

mais qui donc pourrait me distraire

du désespoir

des idées noires

comme la suie

 

maman me parle de notaires

et de ventes

et il vente

dans ma nuit

 

et moi je repense à mon père

ce disparu

cet inconnu

 

maman me parle de notaires

et moi je ne puis que me taire.

 

Francis BELLIARD

19 octobre 2003

Vendredi 30 avril 2021

Voici que s’annonce un temps de froidure

 

Voici que s’annonce un temps de froidure

aux gris des ciels gris les cris des corbeaux

me l’ont dit tantôt :

voici que s’annonce un temps de froidure

 

le souffle glacé des brouillards atones

fait que je frissonne

voici que s’annonce un temps de froidure

 

les feuilles sont mortes des feuilles mouillées

me collent aux souliers

le souffle est glacé des brouillards d’automne

 

au fond de son trou le grillon se terre

j’ai peur de l’hiver

le souffle est glacé des brouillards d’automne

 

mes enfants perdus aux chemins de pluie

mes enfants enfuis

sur les champs d’éteules on voit des vanneaux

 

mes amours déçues je vous ai flétries

j’étouffe mes cris

sur les champs d’éteules on voit des vanneaux

 

mes amis perdus je ne vous vois plus

au coin de ma rue

les feuilles sont mortes le vent les emporte

 

les croque-mitaines cognent à mon huis

que noire est la nuit

les feuilles sont mortes le vent les emporte

 

tu vois c’est l’automne la morte saison

et ses gris poisons

je sais que s’annonce un temps de froidure

 

au fond de son trou le grillon se terre

j’ai peur de l’hiver

je sens que s’approche un temps de froidure

 

Francis BELLIARD

19 octobre 03

Vendredi 30 avril 2021

À ton pied

 

Songeant à tes Noëls passés,

Voilà qu’il me vint à l’idée

- Quel casse-tête pour le cordonnier ! -

De t’écrire en vers à huit pieds.

 

 

Bien peu de chose en vérité

Que ce bien trop petit paquet

À mettre dans ton p’tit soulier

En gage de mon "ami-pied".

 

 

Rien de touchant, je dois l'avouer,

De troublant même - j'en fus gêné -,

Rien de sensuel - pourquoi le nier ? -,

Rien d'émouvant plus que ton pied…

 

Francis BELLIARD

Mercredi 29 avril 2021

Si l’hiver vient tant redouté

 

Si l’hiver vient tant redouté

aux pointes des rameaux édentés,

j’en mourrai

En sommes-nous déjà à l’automne

Puisque tes visites s’échelonnent ?...

N’est-ce pas le glas qui sonne ?...

Oh ! Ta silhouette souveraine

Qui dans la brume s’estompe à peine !...

Je la couvre d’une mante de laine,

Belle, ma reine !...

Voici que le vent tourbillonne

sous mon préau qui s’étonne

et les feuilles mortes frileuses

courent comme des malheureuses

aux quatre coins de mon jardin

à l’enterrement du baladin

Je n’ai pas prévu de mitoufles

en chaude laine de mouton

pas plus que de chaudes pantoufles

ni de châtaignes ni de marrons

et la mite a mangé mon écharpe

mes chaussettes et mon capuchon

Au verglas de la contrescarpe

de ton cœur attiédi pour moi

j’ai peur de riper tout au fond

mon cœur casser comme une noix

mes os briser comme cristal

contre la paroi de métal…

J’entends les corbeaux sinistres

tout au long des écorces bistres

rongées par la bise du nord

aux troncs gelés que le froid mord

Oh ! dis-moi qu’il n’est pas mort

cet amour si pur et si fort

qui nous emporte en corps à corps

au cours de nos étreintes folles

que tes baisers dont je raffole

sur mes lèvres encore vont pleuvoir

pour apaiser mon désespoir…

Oh ! Dis-moi que tu m’aimes encore

que l’heure n’est pas au vent du Nord

à la bise qui mord les pierres

car les roses ne résistent guère

aux lourds flocons de l’hiver

et mon cœur

est une fleur…

 

Francis BELLIARD

09 septembre 2012

Dimanche 25 avril 2021

 

Regarde-moi

 

Dis, regarde-moi

dans la lumière des trembles

sous les nuages

aux eaux dormantes des étangs

 

Ton écharpe

un peu s'échappe

aux doigts du vent passant

et ton regard tremblant

sous tes cils battant

 

Oh ! Dis-moi !...

ta main qui court...

l'appel d'un oiseau blanc

passant sur les prairies

 

Ton chemisier

qui cache mal tes trésors

sous l'or du soir

qui tombe,

qui tombe...

 

Et l'angélus

qui tinte sur les toits

et marque l'heure

de ton départ...

gouttes dans le silence du soir

 

...et tes larmes !...

Dis !...regarde-moi !...

 

Francis BELLIARD

29 avril 2012

Dimanche 25 avril 2021

Eh !...Eh !...Cette fois-ci, j'innove. Je vous offre non seulement les paroles de cette valse-java que j'ai composée en 2018, mais aussi sa musique. Juste histoire de voir s'il en est parmi vous que ça intéresse...Bien évidemment, vaut mieux connaître le solfège dans ces cas-là...Vous me direz si cette formule vous plaît et si vous en souhaitez d'autres...

 

Vous, Madame, m’apparûtes soudain, si belle,

Légère et gracieuse, Madame, telle éclat de lumière

Oui, madame, souriant météore, si frêle,

Si pâle et si fragile, Madame, nos regards se croisèrent.

 

Jamais flèche ne perça

En plein cœur un vieux soldat

Aussi douloureusement

Assurément

Jamais amour ne brûla

Mon âme de ce feu-là

– Qu’on me damne si je mens –

Si follement.

 

Madame, arrêtez-vous,

Dites, que vos yeux doux

Voient mon tourment.

 

Je vous ai parlé, Madame,

Je ne me souviens plus,

Ça n’a pas d’importance,

Les mots qui se sont dits ;

Il me fallait à tout prix

Suspendre votre partance.

Je voulais vous retenir,

Vous garder avec moi,

Vous prendre par la main.

Tout ce que votre sourire

Faisait naître d’émoi

Effaçant mes chagrins !

 

 

Vous, Madame, discrète visiteuse, rieuse,

Si douce et lumineuse, Madame, j’aime votre sourire                                

Oh ! Madame, que vos épaules nues, soyeuses,

Vos éreintes me grisent, Madame, je vous aime à mourir.

 

Même la pieuse Héloïse,

Qui d’Abélard fut éprise,

Ne fut tant aimée sans doute

Que vous somme toute.

Ô ma reine, ô ma princesse,

Frissonnez sous mes caresses,

Aux baisers qui vous affolent

Dont je raffole.

 

Madame, souvenez-vous

Dites, de nos jeux fous,

De nos serments.

 

Je fus votre amant, Madame,

Vous en souvenez-vous ?

Ça n’a pas d’importance,

Tout tombe dans l’oubli,

Tout au long de mes jours gris

Retrouve mon errance.

 

Je voudrais juste vous dire

Avant mon grand voyage :

Sois belle et radieuse

Laisse-moi ton doux sourire

En guise de bagage

Et sois toujours heureuse.

 

Francis BELLIARD

La Bourrache, 28 octobre 2018

Mercredi 21 avril 2021

Lumière de février

 

Je veux coudre un grand drap de lumière

avec des rayons de lune

pour réchauffer notre amour

réchauffer ton corps

de mon haleine

et ce serait comme la brume d'un matin d'été

bercer ta douleur

de la rumeur tranquille des ressacs

des grèves désertes

caresser ton corps

des brises les plus tièdes

pour t'enlever en des sphères lointaines et douces

où comme une grenade

explose le cristal

du bonheur

 

Francis BELLIARD

 13/02/2012

Dimanche 11 avril 2021

Si la lecture d'un long poème ne vous rebute pas, alors, je vous invite au cœur des forêts...

NB : je vous ai ajouté – pour faire bon poids bonne mesure – un poème de Ronsard sur la même thématique.

Bon courage !

 

Bel arbre de mes bois

 

Bon géant de mes bois

Solide tel un roi

Les pieds comme en ciment

Élançant fièrement

Tes branches dans le vent

Tu touches aux nuages

En troupeaux gris et blancs

Qui, eux, sont en voyage

Toi tu restes toujours

Et toujours bien sage

Là où tu vis le jour

Il y a bien longtemps

Peut-être bien mille ans…

 

J’ai connu ta ramure

Sous les ciels de printemps

Aussi le doux murmure

De tes feuilles au vent

La fraîcheur de l’ombrage

Que tu offres au passant

Aux chaleurs de l’été

Tu as toujours été

L’ami le confident

De mes joies et mes peines

Ta rude écorce grise

Que je sens sous mes veines

Me rend fort et j’y puise

Une énergie nouvelle

J’entends dans tes branchages

Le chant des tourterelles

Racines souterraines

Chevelure de reine

Tu demeures j’en suis sûr

Des elfes et des sylphes

Des êtres de la sylve

La demeure la plus sûre

L’air pur que je respire

Je le dois à tes feuilles

Qui tremblent et qui transpirent

L’eau précieuse recueilles

Et ta sève t’élève

Trente mètres en l’air

Sans repos ni sans trêve

Et ton feuillage est vert

 

Depuis le Moyen-Âge

Tu résistes aux tempêtes

Aussi bien qu’aux orages

Tu résistes aux disettes

Aux morsures des frimas

À bien des sécheresses…

Bel arbre qui donnas

Avec tant de largesse

Dans ta bogue épineuse

Châtaignes enchanteresses

Bellement farineuses

Sauvant de la famine

Cent et cent pauvres gens

Dans leurs sombres chaumines…

 

Alentour te serrant

Avec tes compagnons

Doux et silencieux

Vous poussez vos moignons

L’hiver vers les cieux

Les giboulées de mars

Giflent vos branches nues

Et vous livrent éparses

Cette pluie bienvenue

 

Quelle paix souveraine

M’apaise ! Et je ressens

Au sein de ce domaine

Le pouls de votre sang

Et vibrer votre force

Et je me sens serein

À toucher votre écorce

Y appuyer mes reins

 

Par-delà les épines

Explosant le silence

Le bruit d’une machine

Et l’odeur de l’essence

Oiseaux à tire d’ailes

Fuyez sans réfléchir

Oh ! Dieu ! Les criminels !

Voici qu’ils te déchirent

La chaîne te dévore

Et mord dans ta chair tendre

Telle ivre carnivore…

Eh ! Comment te défendre ?...

Impuissant tu gémis

Et commences à te fendre

Et puis un craquement

Comme un cri d’agonie…

Un grand basculement…

Tu t’abats lourdement

Agrippant au passage

De tes muets compagnons

Les ramures si sages

Parmi les champignons…

Revenu le silence

J’ai grand-mal à mon cœur

À sentir les fragrances

Et toutes les odeurs

D’humus et de l’essence

Et de sciure et de terre…

 

Dix siècles vertical !

Te voici c’est étrange

Allongé solitaire

Tout à l’horizontale !

Bel arbre de ma forêt

Ce grand corps

Allongé…

Tu es mort !...

 

Francis BELLIARD

le 09/03/16

 

NB : le chêne a une longévité possible de mille ans pour une hauteur de 30 m ; le châtaignier vit moins longtemps (cinq cents ans).

 

Contre les bucherons de la forest de Gastine (extrait)

 

Escoute, Bucheron (arreste un peu le bras)
Ce ne sont pas des bois que tu jettes à bas,
Ne vois-tu pas le sang lequel degoute à force
Des Nymphes qui vivoyent dessous la dure escorce ?
Sacrilege meurdrier, si on pend un voleur
Pour piller un butin de bien peu de valeur,
Combien de feux, de fers, de morts, et de destresses
Merites-tu, meschant, pour tuer des Déesses ?

Forest, haute maison des oiseaux bocagers,
Plus le Cerf solitaire et les Chevreuls legers
Ne paistront sous ton ombre, et ta verte criniere
Plus du Soleil d'Esté ne rompra la lumiere.

Plus l'amoureux Pasteur sur un tronq adossé,
Enflant son flageolet à quatre trous persé,
Son mastin à ses pieds, à son flanc la houlette,
Ne dira plus l'ardeur de sa belle Janette :
Tout deviendra muet : Echo sera sans voix :
Tu deviendras campagne, et en lieu de tes bois,
Dont l'ombrage incertain lentement se remue,
Tu sentiras le soc, le coutre et la charrue :
Tu perdras ton silence, et haletans d'effroy
Ny Satyres ny Pans ne viendront plus chez toy.

 

Mercredi 31 mars 2021

 

Au pays de l‘ailleurs

 

Le fleuve coule, coule et coule le temps

Le sable s’écoule et coule, au fond de l’ampoule

La brume s’enroule aux saules, aux aulnes des rives

La barque glisse et glisse au courant de l’eau

Les roseaux ondulent

Les feuillages bruissent

Le vol d’un courlis

Et la barque nous emporte, portée par le vent

À travers les rizières, les monts du Levant

Paysages ennoyés de brouillard et de rêve

Au pays de l’ailleurs.

 

Francis BELLIARD

21/04/15

 

Mercredi 24 mars 2021

Les armoires

 

Ô, luisantes armoires

de nos grand-mères,

vous gardez la mémoire

de vos mystères.

 

En loupe de noyer,

d’aulne ou de chêne,

en hêtre, en merisier

ou bien en frêne,

 

vous êtes les gardiennes

de pieux secrets,

des dentelles anciennes

aux doux billets.

 

Adossées de guingois

à un mur blanc,

vous tenez tête au poids

de tous vos ans.

 

Et vos portes s’entrouvrent,

doucement grincent ;

la poussière qu’on y trouve

date des princes.

 

Au fond de vos tiroirs

de vieux atours

ou quelques vieux grimoires

dorment toujours.

 

Est cire votre patine,

si douce aux doigts,

quand le chiffon satine

tout votre bois.

 

Et quand viennent du soir

les derniers feux,

ô, luisantes armoires !…

quel éclat merveilleux !

 

Francis BELLIARD

 29/01/04

Mercredi 17 mars 2021

 

Ô, eau !...

 

De ce creux de mousse humide,

à l’ombre

des rochers de granit

où s’accrochent, orangés, jaunes et gris,

les lichens,

goutte à goutte,

tu perles,

lumineuse source de vie,

Eau vierge…

 

Et je lève les yeux sur les cimes

étincelantes comme les quartz,

sur les gazons piquetés

d’œillets nains, de lotiers corniculés,

et de serpolets odorants…

 

Un souffle glacé venu des névés

me fait frissonner…

Ton mince filet vivant

brille en coulant sur les herbes vertes

et la mousse,

et la tendre renoncule d’or,

et la pudique parnassie

aux pétales de neige

explosent de ta vie,

Eau de vie…

 

Et tu sourds soudain d’un fouillis

de verdure, d’herbes exubérantes,

dans la fraîcheur d’un sous-bois,

sous le regard sombre

des géraniums sylvestres,

Eau vive…

 

Et j’ai toujours aux lèvres

le souvenir glacé

de ton baiser insipide,

Eau, pure fille des glaciers…

 

Je marchais dans le nuage épais

en regagnant le chalet :

ma barbe est constellée

de tes gouttes précieuses,

Eau forte…

 

J’étais assis à l’ombre d’un néré,

sur ta terre primitive,

rouge sang,

tavelée de rares taches de verdure grise,

Sahel ;

à moitié nu,

ruisselant de mille gouttes

de sueur

sous la chaleur

comme d’un four :

d’un puits au ras du sol

encombré de troncs morts,

un groupe d’enfants noirs, nus ;

une fillette,

du bout d’une longue corde,

hâle péniblement, d’un seau,

un peu d’eau

qu’elle emporte sur sa tête…

Et, Afrique, quand tu m’accueilles

dans ce village,

c’est toi qu’on m’offre,

source de vie,

étonnamment fraîche,

puisée au canari de terre,

et je te bois à même la calebasse…

 

Et, le dos au néré, solitaire,

je reçois en offrande cette image lointaine :

le marigot aux tortues,

et le couple lent et mythique

d’un enfant noir

sur le dos de son âne,

longeant la mare

où continue de s’évaporer

l’eau de ce marigot…

 

Eau, sur notre planète,

sans toi, il n’y a rien,

pas âme vivante,

pas même une algue

ou un nostoc…

Eau des ruisseaux, eau des rivières,

des fleuves, des mers, des océans,

eau des lacs, des nuages, des pluies,

eau des neiges et des glaces, des forêts,

des prairies…

 

Eau, présente en chaque être qui vit,

dans le moindre brin d’herbe,

souveraine, invisible,

menacée…

Eau, goutte, lumineuse perle,

merveilleuse larme,

dans l’univers

du néant…

 

Francis BELLIARD

Sans date

Mardi 16 mars 2021

Paroles d'une de mes chansons :

 

Alouette

 

Alouette des champs

Au-dessus des roseaux

Vers le ciel en tournant

Monte, petit oiseau

 

Le vent frais du printemps

T'emporte vers l'azur

Les trilles de ton chant

Font comme un doux murmure

 

Au-dessus des blés verts

Qui bruissent doucement

Et de l'or des ficaires

Des doux vallonnements

 

L'enfant cherche aux nuages

Ce point noir dans l'étain

Mais en vain ton image

Et ton chant sont éteints

 

Comme goutte de pluie

Tombant du haut des airs

Ce trait noir et sans vie

C'est toi comme une pierre

 

Et l'enfant guette anxieux

Le retour de ton chant

Ton envol vers les cieux

Alouette des champs

 

Francis BELLIARD

La Bourrache, le 26/12/09

Samedi 6 mars 2021

Miracle

 

Petit moineau

transi

par la vie

tu picotais

aux vitres

mendiant quelques miettes

d’amour

un peu de chaleur

Tu es resté derrière la vitre

transi

par la vie

ébouriffé

égratigné

blessé

cassé.

Et puis quelqu’un est venu

s’est agenouillé

dans l’herbe glacée

quelqu’un qui t’a pris

au creux de ses mains

tout doucement

délicatement

a posé ses lèvres

sur ton plumage sali

t’a caressé de ses doigts fins

si doux

t’a parlé tout doucement

tendrement

t’a nourri de mie et de miel

t’a réchauffé comme un soleil…

Il n’y a plus le long hiver

tu n’es pas mort de froid

tu as trouvé ta place

au chaud du nid de son cœur

et tu vis de sa chaleur,

petit moineau…

 

Francis BELLIARD

Dimanche 28 février 2021

Ce sont les paroles d'une de mes chansons que je vous livre ci-après, sur un thème classique...

 

Pâques

 

Robinson Crusoé,

Tu es abandonné

Sur le rivage,

Après le naufrage,

Seul, face à l'océan,

Face aux vents.

 

Robinson Crusoé,

Non, tu n'as pas pleuré.

Tu t'es assis

Près des oiseaux gris,

Seul, face à l'océan,

Face aux vents.

 

Robinson Crusoé,

Tu as exploré

En capitaine

Ton nouveau domaine,

Chaque recoin de l'île,

Tranquille.

 

Robinson Crusoé,

Tu n'as pour subsister

Que coquillages,

Et les fruits sauvages.

Tu es maître de l'île,

Loin des villes.

 

Robinson Crusoé,

Te voici isolé

Sur ton rocher,

Roi sans sujet,

Maître des goélands

Indolents.

 

Robinson Crusoé,

Tu restes prisonnier

Sur tes rivages

Aux vagues sauvages…

Personne à qui parler,

À caresser…

 

Robinson Crusoé,

Tu as presque oublié

Qui tu étais,

Toute humanité,

Aux parfums enivrants

De l'océan.

 

Robinson Crusoé,

Tel un nouveau Noé,

Sans animaux,

Ton dernier vaisseau

Est à l'ancre à jamais,

À jamais…

 

Francis BELLIARD

23/04/2000

Mardi 16 février 2021

Ce sont les paroles d'ue de mes chansons, cette fois encore, que je vous propose...

Dimanche 7 février 2021

 

Pour essayer de faire pardonner les défections provisoires de mon blog, je vous offre, avec les paroles de cette chanson que j'ai composée il y a fort longtemps, celles d'une autre tout aussi ancienne de mes chansons (à deux ans près...c'est négligeable, au vu de mon grand âge...)

 

Resouvenance

 

Comme un très doux parfum d'œillets ou de roses

flotte en ce lieu désert, étrange et calme…

Un geai se pose

sur une palme,

en confiance…

 

Comme une très douce brise berce les branches…

Il y a des voix de femmes et des enfants rient…

Des herbes penchent….

Mais aucun cri

dans le silence…

 

Comme une douce tiédeur passe dans l'air pur…

Arabesques molles des insectes ivres…

Une source murmure…

Il fait bon vivre

sans défiance…

 

Comme une douce musique glisse et se brise…

entre les blanches colonnes volent des colombes…

Une femme assise…

ses cheveux tombent…

ô ! délivrance!….

 

Comme en un rêve calme où tout est serein,

des femmes nues se baignent à la fontaine…

Dieu!…qu'on est bien

loin de la haine,

ô ! la partance!…

 

Comme un blanc goéland  plane au ciel sombre,

sous toute sa toile le bateau roule…

de vagues ombres

fuient sous la houle…

ô ! l'espérance!…

 

Comme au très doux printemps, les amandiers blancs

en ce pays lointain, étrange et calme…

Comme à l'enfant

le vin de palme

porte insouciance…

 

Comme très douce caresse au lion sauvage,

tout, ici, n'est que paix, amour et douceur…

Que tout est sage!…

Tout est en fleurs!…

Ô ! mon enfance!…

 

Marans, 03/01/01

Dimanche 7 février 2021

 

Quand tout est brisé

 

C'est un lit défait

C'est des draps glacés

C'est un âtre froid

Un chien qui aboie

Un amour brisé

 

C'est un arbre tendu

Aux branches tordues

C'est des feuilles mortes

C'est des amours mortes

Des amours brisées

 

C'est une croix noire

Croire ou ne pas croire

C'est de lourds nuages

C'est le vent d'orage

Des branches  brisées

 

C'est une vieille courbée

C'est des blés couchés

C'est un cimetière

Et c'est une pierre

C'est la vie brisée

 

C'est le désespoir

C'est amer le soir

C'est la solitude

C'est la solitude                  

Au miroir brisé

 

C'est l'enfermement

C'est six murs ciment

C'est y'a rien à dire

Y'a plus rien à dire

Quand tout est brisé

 

Francis BELLIARD

11/09/03

Samedi 6 février 2021

Je vous prie d'excuser les incidents dont mon blog a été récemment l'objet : il n'a pas été possible d'y accéder à trois reprises. J'ignore pourquoi.

Par ailleurs, un dysfonctionnement momentané m'empêche de réaliser précisément ce que je souhaiterais, selon mon habitude (texte + image). Vous trouverez l'illustration au-dessus du poème que je vous propose aujourd'hui.

Grenade

 

Au pied du mur ocre

des tessons de verre rouge :

mon cœur éclaté

certains soirs de dérive

comme une grenade

comme une grenade...

 

Allons ! Debout, grenadier !

Repars sous la mitraille

un bout de chemin encore

sous les réverbères qui titubent

et les hoquets dérisoires

des néons de la mort

 

Le bruit proche d'un ressac

de galets mouillés roulés

le vent du large

brouille d'embruns mes yeux

qui coulent

 

pose ton sac

ce soir le désespoir a mis le cap au cœur nord

et les chaînes d'ancre rouillées qui grincent crient sur leurs corps morts

soir de tempête

ce n'est qu'un grain...

 

une vague lame du temps

mourant sur une grève grise

t'a déposé

si las

infiniment si triste

si las

 

arrêtez la mitraille

je veux le vert des feuillages bruissant doucement

des prairies sous le vent

et la chair orange des grenades

dans l'ombre bleue

 

certaines nuits trop longues

une dure main de fer broie

mon cœur tendre qui palpite

et qui pleure

qui palpite

et qui pleure

qui palpite

et qui pleure...

 

Francis BELLIARD

La Bourrache, 16/05/2011

 

Dimanche 31 janvier 2021

Ce soir, je vous propose les paroles d'une de mes chansons...

Pauvre clown

 

Je ne suis qu'un vieux clown

Hors service hors d'usage

KO au dernier round

Plein de rides au visage

 

J'ai raccroché les gants

Et ma veste au vestiaire

J'joue plus les élégants

J'fais partie du bestiaire

 

J'n'amuse plus les p'tits mioches

Quand j'passe dans les villages

J'suis gros, j'suis vieux, j'suis moche

Dessous mon maquillage

 

Je n'suis qu'un vagabond

Bon à tout bon à rien

Et je couche sous les ponts

Avec mon ami l'chien

 

J'suis qu'un très vieil artiste

Qu'a paumé sa roulotte

Qui a paumé la piste

Qui a paumé ses potes

 

Je n'suis qu'un vieux bonhomme

Qu'est tout seul sur la route

Un vieux voleur de pommes

Et qu'a l'cœur en déroute

 

Je ne suis qu'un vieil homme

Qu'on a mis à l'asile

J'suis qu'un paumé en somme

Même plus d'état-civil

 

J'suis qu'un vieux moribond

Sans compagnie aucune

Mais v'là qu'à c'jour j'suis bon

Pour la fosse commune

 

Dites à mes enfants

Qu'j'ai quitté cette terre

Qu'j'suis heureux maintenant

Que j'suis plus solitaire

 

Francis BELLIARD

La Bourrache, 07/06/09

 

Jeudi 28 janvier 2021

Voici les paroles d'une de mes chansons écrite il y a 20 ans, qui fait écho au poème que je vous propose à suivre...

 

Planète, ô ma planète !

Ma Terre                                               

 

Planète, ô ma planète !

Mon cœur s'emballe dans son p'tit coin

d'un univers sans queue ni tête…

Odeur des pluies, odeur des foins,

des églantines, des violettes…

Mon cœur a pris comme un coup d'poing,

ma tête éclate, ô ma planète!

 

Planète, ô ma planète !

Ton cœur s'exhale et c'est la fête…

C'est p't-être la fin mais c'est la fête :

ton pouls qui cogne et tu t'entêtes

à tourner, tourner sur toi-même,

à foncer, foncer…comme je t'aime!…

Planète, planète, ô ma planète!

 

Planète, ô ma planète !

Ma toute belle, ma sauvage,

mon indomptée, ma courageuse,

mon infidèle, ma toute sage,

planète bleue, planète ombreuse,

ma toute nue, mon enchanteuse,

Planète, planète, ô ma planète!

 

Planète, ô ma planète !

C'est toi l'unique, toi ma maîtresse,

c'est toi que j'aime à en mourir,

toi dont je veux à en jouir

porter à ta peau mes caresses…

Planète, planète, ô ma planète!

 

Planète, ô ma planète !

Ils te labourent, ils te déchirent,

ils t'égratignent, ils te molestent,

ils t'empoisonnent et tu délires,

tu es malade et tu empestes

l'alcool, l'argent et le désir…

Planète, planète, ô ma planète !

 

Planète, ô ma planète !

Ma mie, ma belle, ma tendresse

aux doux avrils, aux doux septembres,

aux alizés, enchanteresse…

tes larmes, mes larmes, on te démembre,

mon île, mon île, ma maîtresse,

Planète, planète, ô ma planète !

 

Planète, ô ma planète !

Adieu, ma boule de lumière,

tes coups de cœur et tes colères,

adieu, toi, mon unique sphère,

je t'aime et je me désespère,

adieu, ma boule de lumière,

je t'aime et je me désespère…

 

Assez de boue, de violence!

Je veux encore tes matins clairs

et tes soirs d'or sur mes silences,

et ta douceur sur mes paupières,

et tes forêts et tes essences,

je te veux, ma désespérance…

Planète, planète, ô ma planète !

 

Ma tendre et fière, ma détresse,

ma tendre et fière, ma promesse,

ma coléreuse, ma tendresse…

Planète, ô ma planète !

 

Ma Terre!…

Francis BELLIARD

30 mai 2001

  

 

Jeudi 28 janvier 2021

Retour en arrière : il y a 45 ans, j'ai écrit ce long poème, hommage à notre planète, et réflexion sur notre humanité...

 

À la gloire de la Terre

 

Je suis Râhon, de la tribu des Ouhm.

Le soleil est une grosse pierre rouge

et va plonger derrière l'océan de la forêt

dans le grand fleuve lent où les petits

vont harponner les poissons.

Dans la caverne, derrière moi,

Azou surveille le feu, et les femmes

tournent la viande sur la flamme claire.

Le soleil est une grosse pierre rouge

Après moi, après mes petits, et après leurs petits,

dans l'océan de la forêt…

 

Je suis Andréas Arxénos, de l'île Délos, en Egée.

Mon père, mon grand-père et nos pères,

depuis que la grande roue de feu du soleil

plonge entre les îles nos voisines

pour se fondre au liquide,

de leur barque sortent en leurs filets,

pour nourrir l'épouse et les fils,

tous les poissons mouillés de l'écume des vagues.

L'enfant court de la grève à la vague

sur le sable blanc, infini et pur,

entre ciel et mer, dans le silence du soir.

La grande roue de feu du soleil

disparaît à la vague

après moi, Andréas Arxénos, et après mon fils,

Parexis Arxénos…

Thalassa…

 

Je suis Yang, empereur de la Grande Chine,

et des balcons de mon palais, d'où j'entends ramager les rossignols,

comme le bouclier de feu de mes guerriers,

Soleil, mon ami, tu tombes pour

mon quarante-trois mille huit cent vingtième soir de vie terrestre,

derrière les monts de la Lune où ne sont pas

encore les limites de mon pouvoir.

Les femmes s'affairent pour l'amour

que nous allons faire tout à l'heure…

Quel vide étrange, ce soir !

Soleil ! Seras-tu là demain sur les monts de la Lune,

quand je ne serai plus, Yang, Empereur de la Terre ? …

 

J'ai nom Sir John Exetel de Cornouailles.

Sous mon cheval allant à l'amble,

la bruyère chante, rouge corail.

Ce soir encore, troubadour éternel,

John Exetel s'assiéra dans la bruyère

et chantera face à la mer et au vent froid

le chant de gloire de Messire Soleil, rouge corail.

Quand je serai mort, enterrez-moi,

Sir John Exetel de Cornouailles,

sous la bruyère, au soir tombant,

sur le rivage de corail,

moi, troubadour éternel…

 

Ich bin Olga. De mon village je suis partie

Pour travailler à la fabrique.

Il est cinq heures ce soir d'hiver.

Les mouettes criaillent sur le chemin de la falaise.

Je m'en fous. Comme je me fous

de ce con de soleil qui court

tout pâle et rond comme un œil de moribond

derrière les nuages gris et le vent froid.

Les vagues sont blanches ce soir : il y aura de la tempête,

et j'aurai froid…

con de pays, con de soleil froid !

Ich bin Olga…

 

Gupy, c'est moi, le hippie.

J'ai les cheveux longs et dégueulasses

et les yeux blonds.

J'me pique, je vole, je chante,

et je m'ennuie

sur les routes du monde,

le long des autoroutes d'asphalte,

dans les cabines des camions…

je vais sans savoir où je suis,

loin des alvéoles à air conditionné,

des supermarchés, du bruit des cités,

des clapiers à lapins, des télés…

Je bouffe l'essence à pleins poumons,

traînant de cellule en prison.

Ce soir, avec Ennie, ma copine d'un soir,

On s'est couchés tout seuls sur les plastiques d'une plage noire…

tout seuls au milieu des millions de gens bronzés,

pour regarder le soleil se coucher

encore une fois

sur les pauvres vagues salies…

 

Homme ! Regarde le soleil depuis toujours se coucher sur la mer…

 

Francis BELLIARD

Marans, le 05/12/76

Samedi 23 janvier  2021

 

Nous sommes comme l'eau au musoir

 

Cet amour est donc une impasse :

pouvait-il en être autrement ?

nous sommes tombés dans la nasse

nous ne serons jamais amants

 

c'est une scène coutumière

je reprends le rapide de nuit

vers ma destinée solitaire

et toi le tramway de ta vie

 

où mène ce chemin de fer :

en enfer ou en paradis ?

toujours je roule sur cette terre

et seule mon ombre me suit

 

de bourlinguer sur ce rafiot

en as-tu pas marre, camarade ?

quand débarques-tu, matelot ?

quand mets-tu le cap sur la rade ?

 

la compagne du chemineau

c'est la poussière du chemin

et le bruit de ses godillots

la promesse du lendemain

 

aurai-je passé des écluses !

en aurais-je pris des départs !

chaque voyage un peu plus m'use

et je laisse derrière mes phares

                                

je suis ce marin dans la brume

sans boussole ni cartes marines

sans amer et sans amertume

et que les naufrages burinent

 

j'ai perdu tout mon équipage

et trace ma route à l'estime

loin des ports et loin des rivages

à la surface de l'abîme

 

tu n'auras été que ma muse

ma fée, mon elfe, ma brise du soir

chaque voyage un peu plus m'use

nous sommes comme l'eau au musoir…

nous sommes comme l'eau au musoir…

 

Francis BELLIARD

La Bourrache, le 16/05/09

 

Jeudi 21 janvier 2021

Hommage à Morice BÉNIN, parti, lui aussi...

Chanson d'Hélène, sur un poème de René-Guy CADOU :

https://www.youtube.com/watch?v=ACms8JNYGJc&fbclid=IwAR2rVorMXI751367YopChSb28oMlNi3J-fChdXUiPMNlKl0n4Q38fuMRhM4&ab_channel=ThibaultGrasset-ITCProduction

Jeudi 21 janvier 2021

Trois petites pensées

 

Tu étais venue,

tu es repartie…

Sur le lit défait

y’a ton souvenir,

et, sur l’oreiller,

ton parfum m’enivre :

lui seul est resté,

mémoire des Plaisirs

à tes cuisses nues…

Tu étais venue,

tu es repartie,

dans la nuit…

 

 

Tes seins délicieux

gardent le mordant souvenir

de mes morsures douces…

Étions-nous heureux !

 

 

Pour l’odeur du bois qui brûle dans ma cheminée,

pour la flamme jaune du feu allumé pour toi ;

Pour l’eau des sources pour toi jaillie de sous les mousses,

de mes doigts ;

Pour ces nuages qui passent comme de lents chalands

où s’y dessine ton visage,

sage ;

Pour la mousse verdie aux pierres de mon seuil,

que tu franchis, mon écureuil ;

Pour les feuilles d’automne

qui frissonnent

comme sous d’invisibles doigts,

c’est le vent léger des sous-bois :

c’est ta voix aimée qui chantonne ;

Pour ces troublants regards d’eau vive échangés,

et nos baisers d’amants,

enivrants ;

Pour ton corps merveilleux d’hirondelle échappée,

hors du temps ;

 

Pour toi :

j’aime la vie !

Tu me l’as réapprise,

et je m’y grise…

infiniment…

je t’aime…

 

              Francis BELLIARD

           La Bourrache le 15 janvier 2013

 

Mardi 19 janvier 2021

Absence

 

J'étais là quelque part

tout entouré des gens qui passaient...

absent et présent à la fois

indifférent...

 

Et tes yeux m'obsédaient...

 

Pour passer le temps

le sablier d'un livre...

 

Mais tous les poèmes de Cadou

ne sont pas parvenus à

t'occulter,

mon amour

si doux

si chaud !...

tu ne m'as pas quitté...

 

Francis BELLIARD

Gémozac le 6 mars 2012

 

Jeudi 7 janvier 2021

 

Une nouvelle aventure

de Tic Tac...

 

Encore une nouvelle ânerie de mon Tic Tac !

Le sauvetage de Tic Tac

 

Mes ami-e-s

 

Comment passer sous silence l’histoire extraordinaire mais vraie qui est arrivée sur le pré à Tic Tac[1], à mon insu, lors du premier confinement, en mars 2020 ?...

Une ânerie de plus, peu banale, comme vous allez le voir.

 

Ce matin, la dame du haut de la rue, qui marche chaque jour autour du village dès potron-minet et qui connaît bien mes ânes, s'est arrêtée dans sa promenade pour me parler : je me préparais pour partir au bois avec les voisins. Je la connais un peu : je l'avais aidée à rentrer son bois de chauffage, un jour, justement. Comme elle est du matin et moi du soir, nous nous croisons rarement.

Elle m'explique qu'elle voulait me raconter une scène extraordinaire à laquelle elle avait assisté, un beau matin de mars, au cours d'une de ses promenades, en arrivant au pré de mes ânes.

Elle n'emmène jamais son smartphone avec elle, l’appareil la gêne, mais ce jour-là, elle regretta vraiment de ne pas l'avoir emporté avec elle, afin de photographier ou filmer la scène tout à fait inouïe à laquelle elle assista.

 

Au milieu du pré, Tic Tac était immobile, bien campé sur ses pattes et son comparse Cacao[2] lui donnait des coups de son mufle sur une joue : scène étrange s'il en est !

« Ils jouent », pensa-t-elle...

En effet, abandonnés à eux-mêmes nos deux amis consacrent de longs moments à jouer ensemble.

Mais c'était si étrange, ce geste obstinément répété, qu'elle finit par trouver cela anormal.

Elle s'était déplacée, pour mieux assister à la scène, mi amusée, mi inquiète.

C’est alors qu'elle vit que quelque chose commençait de sortir de la bouche de Tic Tac !

« Cela ressemblait à une plaque », me précisa-t-elle.

Elle était trop éloignée pour percevoir nettement de quoi il retournait.

De plus en plus étrange !

 

Notre Cacao s'évertuait de plus belle à frapper la joue opposée de Tic Tac de son museau.

Vint un moment – Tic Tac demeurait toujours immobile – où Cacao cessa son manège, contourna son partenaire, et vint pincer entre ses dents ce morceau de plaque qui sortait de la bouche de mon gros dadais de baudet.

Il parvint enfin à en extraire…un long morceau de bois !

 

Ce grand benêt avait voulu le ronger et s'était fait hameçonner de la plus belle façon !

Et, sans l'aide intelligente de son comparse, il aurait sans doute encore aujourd’hui en travers de la goule[3] l’objet de sa gourmandise !

 

 

Voilà, mes ami-e-s, cette merveilleuse histoire, qui vaut bien n’importe laquelle de toutes celles que je vous ai contées dans mes fables : Âneries (T1 & 2)[4], d’autant plus qu’elle est vraie (ce qui n’est pas le cas de toutes celles que je vous ai contées dans lesdits bouquins).

Pour ce qui est de la morale, s’il en fallait, je n’en édicterais aucune, mais cette étrange aventure de mes amis solipèdes m’amène à me poser quelques questions.

La première, peut-être, serait de me demander si mes ânes, par hasard, ne possèderaient pas une âme ?...

La deuxième, s’ils ne seraient pas doués d’empathie ?...

La troisième, ces animaux seraient-ils intelligents, à leur façon (sans vouloir ouvrir un débat sur l’intelligence) ?...

Enfin, pour finir, ne seraient-ils pas en capacité de penser  ?...pire : de communiquer ?...

Je croyais pourtant jusque-là que de telles qualités restaient l’apanage de l’homme. Devrais-je revoir mes conceptions sur l’animal ?...

Sur ce, mes ami-e-s, je vous laisse méditer cet incroyable épisode asin[5].

Bonne nuit…

 

Francis BELLIARD

La Bourrache, le 07/01/21

 

 


[1] Tic Tac, faut-il le rappeler, est la célébrité de notre petit village : il est un splendide spécimen de baudet du Poitou, parmi les plus beaux, évidemment : il est mon âne…

[2] Cacao est arrivé sur le champ après la parution de mes deux tomes d’Âneries ; Cacao est un âne plus jeune que mon grand baudet, aussi petit que l’autre est charpenté : Laurel et Hardy…

[3] Dans notre patois : la bouche (on parle, pour les équidés, de la bouche et non de la gueule) [NDLR]

[4] Ces ouvrages sont en vente chez l’auteur.

[5] De asinus, âne, en latin ; exemple : une asinerie, des courses asines.

 

Mardi 5 janvier 2021

Exercice de style

Vous connaissez mon penchant pour les "à la manière de..."

Ce soir, c'est à un des plus grands maîtres de la poésie française que je dédie cet exercice de style : Joachim du Bellay :

 

D'un Poète à son Elfe :

Francis BELLIARD

La Bourrache, 15/12/2020

Vendredi 1er janvier 2021

Pour ouvrir cette année 2021, je vous offre les paroles d'une de mes chansons :

 

La statue

 

Vous, qui passez dans le soir,

Vous passez sans me voir

Et pourtant je suis là.

Vous, dont la robe légère

Vole dans les airs

Vous, lisant sur le banc vert,

Sans en avoir l’air,

Rougissez, battez des paupières,

Si jolie mais aussi si fière.

 

Vous, qui passez sans me voir,

Qui rêvez de départs,

Vous, qui brisez mon cœur

Qui pleure

 

Vous, dans votre jupe à fleurs,

Vous passiez tout à l’heure,

Et pourtant j’étais là.

Vous, votre livre à la main,

Au bout du jardin,

Vous, en passant ce matin,

Aviez l’air chagrin,

Près des roses et des romarins,

Vous rêviez de voyages lointains.

 

Vous, qui passez sans me voir,

Qui rêvez de départs,

Vous, qui brisez mon cœur

Qui pleure.

 

Vous, si belle et si altière,

Aux allées, solitaire,

Moi, je suis toujours là.

Vous, sous le châle de laine,

Semblez souveraine.

Vous, la belle châtelaine,

Semblez une reine,

Toute pâle, aux cheveux d’ébène,

Dans le parc, près de la fontaine.

 

Vous, qui passez sans me voir,

Qui rêvez de départs,

Vous, qui brisez mon cœur

Qui pleure.

 

Vous, rêveuse créature,

Ignorant ma torture,

Moi je suis toujours là.

Vous, je ne vous dis pas tu

Vous frôlant dévêtu,

Qu’à cette froide vertu

L’on me substitue

Un cœur chaud qui palpite et meurt,

Une bouche et des yeux qui pleurent.

 

Vous, vous n’avez entendu

Que la plainte du vent

Moi, je suis la statue

De Pan…

 

Francis BELLIARD

La Bourrache, 3 janvier 2014

Faites-moi part de vos commentaires dans mon livre d'or (rubrique "De vous à moi")